Récit d’un weekend de mars

Samedi 11 mars 2017- Biennale des Villes en transition – Ancien musée de peinture – Grenoble

« Froid ! » : c’est peut-être le premier ressenti qui nous est venu en pénétrant dans l’ancien musée de peinture, lieu central de la biennale des Villes en transition de Grenoble, où nous tenions notre exposition « Transit dans les imaginaires de la transition ». L’endroit dans son ensemble regroupe une multitude d’acteurs de la biennale, allant de la « Métro » (Grenoble-Alpes Métropole) à Alternatiba, en passant par LAHGGLO ou le Master Innovation et Territoire. Notre stand, tout au bout de la galerie, jouxte le plateau radio qui accueille l’émission de France inter « CO2 mon amour ».
Froid donc . . . mais pas de panique, pour se réchauffer, les passants peuvent disposer de notre coin salon discussion-lecture agrémenté de café, thé et gâteaux. Juste en face, ce sont nos amis voisins du week-end Brin d’grelinette qui partagent volontiers leur bonne humeur, au milieu de leurs végétaux et de leurs cartes des jardins de la ville.
Photo stand copie
Notre espace aussi est feuillu, mais pas de plante, non. Nous, ce sont les quelques 170 « pliages », choisis parmi un total de presque 300 récoltés dans l’espace public, qui le garnissent. Il s’agit de paroles d’habitants de toute l’agglomération grenobloise, qui se sont exprimés sur les mots “territoire en transition” à travers ce qui peut se présenter comme un jeu d’écriture ; une démarche qui nous a permis d’engager simplement des discussions, des échanges sur le sujet, de questionner l’imaginaire de chacun, les convaincus comme les sceptiques, en considérant que libérer la parole sur la transition est devenue essentielle. En partant donc du principe que ces centaines d’opinions recueillies ont également leur place au sein de la biennale, notre défi est donc de les rendre visibles et accessibles, de manière claire et esthétique à travers notre stand. C’est ainsi que s’est défini notre structure : avec plusieurs mobiles attachés aux grilles (cf. photos), chacun d’eux représentant une catégorie particulière, histoire d’apporter de la lisibilité et une forme de cohérence aux nombreux papiers présentés.

dépliants copie
Ça, c’est une partie du stand, une autre étant aménagée en espace salon, lieu de discussion-lecture, avec en guise d’assises des sièges en carton de banane (fabrication « maison »). En affichage, nous avions les Bandes Dessinées (ou plus précisément les Kakemonos) de Joris, dit Imadhi, notre partenaire sur cette exposition, auteur-dessinateur travaillant sur son projet Permachaos, qui s’intéresse de manière visuelle et pédagogique aux pratiques et initiatives dites de transition, et notamment la permaculture.
Pour animer l’ensemble, un panneau « recueil de commentaires et d’enrichissements » grâce auquel les visiteurs peuvent s’exprimer et alimenter en idées et analyses ce qu’ils retiennent de leur lecture.

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Vers 14h, la salle se remplit, les passants circulent de stand en stand, quelques uns s’arrêtent devant le nôtre, intrigués, lisent les BD, puis s’intéressent aux pliages, et finissent par s’engouffrer au milieu de la forêt de pliages. Certains se prêtent au jeu de la discussion, les plus critiques trouvent les propos recueillis « trop négatifs, pas très encourageants pour un thème qui nécessite l’action concrète, et donc l’enthousiasme ». D’autres reconnaissent l’intérêt politique de la démarche, «de s’exprimer sur un sujet peu évoqué et qui peut paraître éloignés des gens », m’explique un jeune étudiant, en soulignant l’importance de « s’approprier le concept (de transition) ».
Outre les visites « de soutien » (la famille, les amis, les connaissances, les autres acteurs de la biennale), des visiteurs parfois à l’aise s’installent avec nous dans l’espace salon, discutent du sujet, questionnent la démarche, la méthode du collectif, et agrémentent le panneau Enrichissements/Commentaires . Certains sont enthousiastes :  « ça donne envie d’agir, de changer » ; “dans la transition, ce qui est intéressant c’est de faire et d’avoir en même temps envie de faire » ; d’autres s’interrogent : « on est nombreux à penser la transition pour tous, mais on ne sait pas par où commencer » ; « la transition ne risque-t-elle pas de renforcer les inégalités sociales entre les quartiers, les territoires ? » ; un passant s’indigne : « j’aimerais qu’on ne me rappelle pas tout le temps qu’on est en transition”, un autre fait la part belle à la spontanéité enfantine : « se reconnecter avec l’enfant en nous-même, c’est ouvrir le champ des possibilités”.

reecriture
Le moment d’affluence : milieu d’après-midi, une foule s’accumule au milieu de notre stand, les gens se battent pour avoir accès à nos pliages, les grillent bougent sous la pression de l’attroupement, l’hystérie se fait sentir. Et moi, agréablement surpris, je sens le succès, et me dis « ça y est, c’est le moment de gloire, notre exposition plaît tellement qu’elle est devenue célèbre dans toute la ville, et même dans la région, et seulement en une demi-journée, wahou la surclasse ! »… Mais en fait non, ascenseur émotionnel, l’émission France Inter de  Denis Cheissoux se tient au bout de notre stand, attirant de nombreux fans ! Mais que l’on se rassure, notre travail n’est pas complètement passé inaperçu, car Denis Cheissoux lui-même a pris la peine de s’y intéresser, nous apportant son propre regard sur le rapport de la société à la transition.
discussion avec denis cheissoux copie

Dimanche 12 mars 2017- Biennale Ville en transition – Ancien musée de peinture – Grenoble

Le lendemain dimanche, c’est une nouvelle journée ensoleillée. Les chocs thermiques entre intérieur et extérieurs sont encore flagrants. Nous constatons que peu de monde s’est déplacé ce matin. On en profite donc pour aller jeter un coup d’oeil aux autres stands, et discuter avec nos formidables voisins, mais aussi pour jouer à l’espace enfant (non ce n’est pas une blague, et les jeux y sont géniaux).

L’après-midi, comme la veille, la fréquentation s’intensifie et les discussions reprennent à notre coin salon. Les opinions et commentaires continuent d’affluer, certains tentent de poser un regard global sur la situation : « Le constat d’un système mondial qui dysfonctionne est partagé. La question, c’est comment toucher tout le monde et faire participer tous les citoyens à ces questions ainsi qu’aux décisions futures. » ; “La transition, c’est une question d’écologie, d’économie aussi… et peut-être qu’on pourrait parler de transition politique un jour !”. Des idées émergent “comme créer un salon de transmission de savoir-faire”, et des initiatives sont partagées à l’instar du Cairn, la future monnaie locale pour “développer, investir localement”, ou encore “l’aménagement des berges du Furon à Sassenage”. D’autres prennent garde : « La transition peut devenir quelque chose de culturel, il faut faire attention à ce que ça ne devienne pas un mot valise ou même un terme repris pour divers intérêts », ou continuent d’interroger : « La transition, on a besoin de la définir ». Une dame d’un certain âge, enthousiasmée par notre dispositif, nous invite à exporter la structure vers les personnes qui se déplacent peu, comme dans les maisons de retraite.
J’entame également une discussion avec un monsieur qui reste distant avec l’idée de transition, et qui me raconte la vie de Stendhal : « Il était un homme écolo dans le sens où il était critique envers tout et tout le monde » . La question des transports est aussi évoquée, et notamment leur gratuité.

expo
Moment d’affluence : notre collectif propose une animation spontanée auprès du public, “la photo de famille”. Le principe : choisir un pliage chacun, le lire à voix haute, puis mimer son contenu pour le faire deviner aux autres(cf photo). Une belle introduction avant l’intervention de Joris à l’espace salon pour parler de son travail.
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A la fin de la journée, tous les stands commencent à remballer et nous sommes les derniers à donner une interview pour Gre.mag (par Laëtitia du collectif). D’autant plus que notre stand demande un certain effort de désinstallation, nous sommes les derniers à quitter le musée de peinture, au terme d’un week end que l’on pourrait qualifier d’enrichissant, parsemé de belles rencontres. Comme on pouvait s’y attendre sur ce type d’événement, la biennale n’a pas pu éviter l’écueil de l’entre-soi, et c’est justement pour pallier ce biais prévisible que nous nous sommes attachés à faire entendre la parole de plus de 170 personnes, présents indirectement à travers les pliages.

Photos : Des Rives D’espaces
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